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Rider conscient #2 – Stations de ski, quelques impacts

Dernière mise à jour : 23 déc. 2022

Epicentre de la glisse, le stations de ski sont construites autour du loisirs en montagne et drague chaque année la population des plaines pour des souvenirs inoubliables. Le goût de la montagne avec le confort urbain, c'est le point commun des stations. Mais d'un point de vue écologique, parlons de quelques uns de ses impacts sur la nature montagnarde.



L'histoire de la station de ski

Les stations de ski émergent au XIXe siècle, où les voies de communication deviennent plus aisées. Elles permettent l'essor du tourisme en montagne et donc le développement de la randonnée, de l’alpinisme et plus largement des sports de neige et d’altitude. Le concept de station de ski réunit des remontées mécaniques, un domaine skiable avec la station à proprement parler (des infrastructures touristiques et résidentielles) et un front de neige. Les stations de ski ont été historiquement implantées proches (ou dans) des villages d’altitude existants et les stations plus récentes ont pu être construites de toute pièce, profitant d’un espace propice au développement des sports de glisse.


Problème structurel d’aménagement du territoire

La station de ski est nichée au cœur de l’environnement montagnard. Elle s’inscrit comme projet urbain et d’aménagement du territoire qui modifie sur le long-terme sinon de manière permanente le relief de la montagne. Pour ne citer que quelques exemples, la coupe d'arbres, le mitage du sol pour y mettre des canalisations et réseau électrique (souvenir du terme "mitage du territoire" d'une votation récente) ou encore de l'adaptation du relief pour y créer un panel varié de pistes avec divers pourcentage de pente, le travail d'aménagement du territoire est conséquent. Soumis à autorisation cantonale bien entendu, cet aménagement est peu réversible et modifie l'équilibre des écosystème. Des agences et entreprises peuvent prendre en charge ce genre de projet. Et bonne nouvelle, la réflexion sur les conséquences au long-terme de l'existence d'une station peut être intégré dans le développement du projet. Parmi les entreprises qui entreprennent ce genre de projet de manière holistique, il y a Ecosign. Cette entreprise internationale d'aménagement de domaines skiables intègre la durabilité dans leur aménagement. Le projet d'aménagement de Whistler d'Ecosign le présente bien. Les pistes prévues par Ecosign se déplacent avec le terrain naturel, et de la paille et des graines ont été plantées sur le sol pour prévenir l'érosion. Le CEO d'Ecosign a engagé des biologistes pour faire l'inventaire de la flore et de la faune de la montagne et a planté des arbres qui imitent l'ombrage que l'on trouve dans la nature. Il affirme avoir décuplé l'intégrité écologique de Whistler. "Il s'agissait, dit-il simplement, de respecter la montagne et de ne pas être une tête de mule. Avec Whistler, nous avons prouvé que l'on pouvait créer une grande station de manière sensible.".

Il demeure que tout aménagement territorial est un lourd impact environnemental qui est nécessaire et certainement moins lourd s'il s'inscrit dans la durabilité et la pérennisation de ses propres installations et système écosystémique.

"Il s'agissait simplement, de respecter la montagne et de ne pas être une tête de mule. (...), nous avons prouvé que l'on pouvait créer une grande station de manière sensible."

L’empreinte carbone des sports de neiges

Les sports de neige, largement popularisés, déplacent les populations des villes et campagnes vers la montagne pour des séjours de plus ou moins courte durée, dépendamment des vacances et de la disponibilité des rider.euse.s. La quantité de trajets en voiture ou même en avion assombrit l'impact environnemental des sports d’altitude, sports qui sont nécessairement éloignés du quotidien de la majorité. Entre 50% et 70% des émissions de CO2 d’un domaine skiable sont dues aux trajets d’arrivée et de départ en voiture. Malheureusement, la voiture demeure le moyen de transport privilégié pour parvenir en station, alors que les stations suisses sont très bien desservies par le train et les transports publics (voir Snow n’ Rail de la SBB ). L’Association nationale Protect Our Winters plaide en faveur de la mobilité douce et permet de convertir chaque année de nouveaux rider.euse.s aux transports en commun pour aller rider. Ils ont lancé la campagne "takethetrain" qui a pour but de montrer aux passionnés de nature et d’outdoor qu’une action simple peut faire beaucoup en termes de mobilité durable. Les amateurs et amatrices d’outdoor sont mobilisés afin de passer de la voiture au train et d’utiliser les offres de carsharing ou autres. Influencer le comportement individuel et les réflexes de mobilité, c'est alléger l’air en altitude et préserver la nature qu’on a tant plaisir à voir. Cette action permet de faire prendre conscience de cet aspect du ski et snowboard. C'est un début qui a le mérite d'être mentionné. Bien sûr, il reste le réel défi de proposer une alternative qui conserve l'autonomie du rider.euse, son confort et avec la même fourchette de prix, mais tout rejetant largement moins de CO2...



Entretien des pistes comme émetteur de CO2

L’entretien des pistes également impactent l’environnement montagnard. En considérant les dameuses dans le cheptel automobile actif en station, la station de ski est en permanence sous le rejet de gaz à effet de serre et ce, jour et nuit comprise. Pourtant nécessaires par sécurité et confort des usagers des pistes, ces véhicules lourds consomment énormément pour déplacer leur masse dans le relief, avec leur 600 chevaux en moyenne. Pour y remédier, des dameuses hybrides ont fait leur apparition en station dès 2010 qui permet de réduire en moyenne de 20% le rejet de CO2. Toutefois, les dameuses propres ne sont pas encore une réalité, mais la technologie permet d’optimiser l’entretien des pistes grâce à la modélisation 3D et la précision du système GPS qui permet de modéliser le manteau neigeux et d’adapter la répartition de la neige en fonction. La marge de progression en matière d’équipement d’entretien des pistes et de stratégie est considérable.



L'impact de la neige de synthèse

Même si blanche comme neige, la neige de culture entraîne de la pollution atmosphérique et perturbe l’hydrosystème de l’environnement sur lequel repose la station de ski. D’un point de vue atmosphérique, la production de neige artificielle émet de très petites particules dans l’atmosphère. S’il y a déjà une concentration de ces nanoparticules dans l’air, leur concentration peut être multipliée jusqu’à 25 et atteindre 20 000 particules/cm3 alors qu’en conditions normales, la concentration est de seulement 500 à 800 particules/cm3 (ici). D’un point de vue terrestre, les volumes d’eau varient considérablement lors de lors des prélèvements d’eau pour la production et lors du stockage. Des volumes importants sont déplacés, réduisant la source et créant un bassin de rétention qui ne s’inscrit pas dans la vie organique de l’environnement de la station. Ces problèmes s'accompagnent souvent des pertes ayant lieu lors des différentes étapes de l’approvisionnement, comme des fuites dans le réseau de canalisation ou de l’évaporation de l’eau des bassins de rétention. Près de 30% de l’eau peut être perdue par évaporation durant le processus (De Jong, 2007), ce qui peut pousser à stocker d’autant plus d’eau pour pallier le risque d’évaporation de l’eau. Et les conséquences de ces déplacements et sur-stockage d’eau peuvent avoir des conséquences d’autant plus néfastes sachant que ces réserves se constituent en période d’étiage (période de basses eaux) et donc risque de mettre en péril le milieu aquatique.


Une fois produite, des études ont indiqué que le sol des pistes de ski damées peut être soumis à un refroidissement plus prononcé que le sol sous un manteau neigeux naturel. Nous avons analysé les impacts thermiques de la préparation des pistes de ski dans une station de ski subalpine de Suisse centrale (1100 m d'altitude) où de la neige artificielle était produite. Des mesures des propriétés physiques de la neige et de la température du sol ont été effectuées sur la piste de ski et hors-piste pendant l'hiver 1999/2000. Le modèle numérique de transfert sol-végétation-atmosphère COUP a été utilisé pour les deux sites, avec une nouvelle option permettant de simuler le développement du manteau neigeux sur une piste de ski damée. La densité, la dureté et la conductivité thermique de la neige étaient significativement plus élevées sur la piste de ski que dans le manteau neigeux naturel. Cependant, ces différences n'ont pas affecté le refroidissement du sol, puisqu'aucune différence n'a été observée entre la piste de ski et le manteau neigeux naturel. Cela pourrait s'expliquer par le fait que les périodes de froid étaient rares et courtes et que, par conséquent, tout manteau neigeux pouvait protéger le sol du gel. L'impact majeur du damage des pistes de ski a été un retard de 4 semaines dans la fonte des neiges et le réchauffement du sol à la fin de la saison. La nouvelle option mise en œuvre s'est avérée être une stratégie utile pour simuler le manteau neigeux d'une piste de ski. Cependant, la densité de la neige a été sous-estimée par le modèle car il ne pouvait pas tenir compte de manière adéquate de la compaction due au trafic de damage. Notre étude démontre qu'il n'y a pas de réponse indépendante du site quant à savoir si un manteau neigeux damé affecte les conditions thermiques dans le sol.


Le fart fluoré bientôt interdit

Le fart est également un problème bien connu et qui a des conséquences très lourdes autant sur l'écosystèmes que sur toutes les personnes dans l'industrie du ski, de la production à la location et entretien du matériel. Constitué de fluor, plus précisément de substances alkyles perfluorées (PFAS), le fart bénéficie de leurs propriétés antisalissures et hydrofuges. On les retrouve dans divers produits de la vie quotidienne. Produites depuis les années 1950, elles sont utilisées comme agents de surface dans des applications industrielles et de consommation. Il s'agit notamment de casseroles enduites, de mousses anti-incendie et de cires de ski. Dans ce dernier cas, les PFAS sont utilisés pour améliorer la glisse sur le film d'eau entre les skis et la neige. Cela augmente les chances d'être le premier à franchir la ligne d'arrivée.


Mais ces PFAs sont pratiquement impossibles à décomposer dans la nature. Par conséquent, ils s'accumulent dans le sol et les eaux souterraines. Pour documenter cette accumulation dans les zones de compétition de ski, on a déterminé la teneur en PFAS dans la neige, l'eau, le sol et les petits mammifères. Les résultats ont montré une augmentation des valeurs. Des effets néfastes sur la santé en sont la conséquence et comprennent un poids de naissance inférieur chez les enfants, le diabète sucré ou un métabolisme thyroïdien perturbé. Ces agents sont également mentionnés sur la liste des agents cancérogènes.


La FIS (Fédération Internationale de Ski) a donc pris cette décision d'interdire l'utilisation de fart fluoré en raison de "l'impact négatif sur la santé et l'environnement". Cette décision, en vigueur depuis la saison 2021-2022, n'est pas une surprise, puisque depuis déjà de nombreuses années, la Fédération Française de Ski recommandait aux clubs d'éviter d'utiliser ce type de produits. Et les techniciens qui manipulent du fart fluoré se protègent à l'aide d'un masque "à gaz". Mais de manière contradictoire, elle a reculé l'échéance de cette interdiction, notamment pour le ski de fond...


Une interdiction ne peut être mise en œuvre que s'il est possible de vérifier efficacement et facilement si le ski est recouvert ou non du fart interdit. Une analyse complète en laboratoire lors des compétitions prendrait beaucoup de temps, serait coûteuse et ne serait donc pas réalisable. Ceci peut être problématique pour les compétitions, Toutefois, cette interdiction à l'échelle européenne amorce une transition et réduit la consommation de fart perfluoré donc cette agression en montagne. C'est une bonne nouvelle, sachant que les pays du nord, notamment la Norvège, avait plaidoyé pour le retrait de ces substances depuis des années déjà.


Pour l'entretien de vos skis, il n'est pas rare de trouver du fart perfluoré en rayon. NZero qui a toujours produit du fart durable et depuis plus de 10 ans était une des seules références du marché à proposer un gamme de fart alternatives et respectueuses de l'environnement et de la santé de tous. Nzero voit entrer dans son marché les mastodontes du fart, comme notre entreprise nationale Toko, qui ont désormais modifié leur lignes de production. Beaucoup de marques annoncent déjà qu'ils ont retiré ces polymères fluorés de leur produit et mettent en avant qu'ils deviennent "durables". Attention au greenwashing! Ne te fais pas avoir à acheter plus cher un produit qui a été mis aux normes de marché!



Le Littering, un problème global

La capsule de bière, le mégot de clope ou plus innocemment l'emballage du Kinder, dans un fourré ou sur les pistes on les a tous vu. C'est ce qu'on appelle le littering, des objets qui ont servi et qui volontairement ou involontairement demeurent dans le paysage au lieu poursuivre leur cycle de vie vers l'incinérateur. Ils sont un vrai fléau pour l’environnement: pollution de l’eau et du sol, impacts directs pour la faune et impact visuel négatif pour le tourisme. Le problème des déchets en montagne est colossal. Les différents ramassages organisés par le Clean Up Tour, ceux du Club Alpin et bien d'autres encore récoltent annuellement des déchets par tonne. Or, la pollution au plastique est plus problématique, car la dégradation des polymères pénètrent l'écosystème rapidement, ce qui ne permet puss de ramasser le déchet ni de récupérer son impact. La pollution au plastique est considérable et nous devons faire attention à tout ce que nous montons en altitude. Déplacer des objets sans repartir avec est un non-sens. Les photos chocs de l'Himalaya nous le rappellent bien et constater est simple quand les déchets dans des milieux si purs sont si frappants. Or, la nature est chez nous, nous entoure et commencer par observer et protéger notre écosystème des déchets est le premier pas vers une nature préservée. Ca commence sur le trottoir de notre rue jusqu'en randonnée.

"Depuis sa création en 2001, Summit Foundation a contribué à l’enlèvement de plus de 150 tonnes de déchets via des opérations de ramassage en montagne." Clean-Up Tour

Cette problématique est particulièrement visible à la fonte des neiges. Réduire les conséquences de l’activité humaine en montagne doit être une priorité dans un pays alpin comme le nôtre. Il existe de nombreuses opérations de ramassage en Suisse et de plusieurs entités et les consciences évoluent. Le cendrier de poche est désormais un incontournable, et on observe de plus en plus de personnes qui spontanément ramassent un déchet abandonné pour le jeter à la poubelle à l'occasion. Ramasser spontanément un déchet, c'est un geste bienveillant qui réduit notre impact écologique collectif et qui est simple et peu coûteux. Et en plus, les connaisseur.euse.s des Clean-Ups savent la journée est top, dans de magnifique lieux de montagne avec des gens super sympas en plus d'avoir un impact totalement bénéfique!


En conclusion?

Tout ne changera pas du jour au lendemain et ce sont des sujets qu'il faut connaître si on aime les montagnes, les glaciers et l'altitude. Si tu veux faire quelque chose, sache que beaucoup d'associations et de groupes existent et font bouger les choses. Ici, au Curved Lines Crew, nous pensons les pique-niques sans emballages, demandons à ce que tu viennes avec ta fourchette et ta gourde plutôt que d'utiliser des objets jetables et des emballages jolis mais à usage unique. Nous cuisinons des produits de saison et encourageons les covoiturages et le train, et nous te remercions de ton engagement, car sans toi, nos sorties ne se feraient pas en covoiturage ou dans le train avec une super ambiance! On fait ce qu'on pense être bien et comme l'enfer est pavé de bonnes intentions, dis-nous comment nous améliorer et partage ton savoir! Si tu veux t'intéresser au sujet, tu trouveras en dessous quelques liens utiles et surtout, prends part à l'Initiative pour les glacier (Gletscher Inititiative)!

Ici, au Curved Lines Crew, nous pensons les pique-niques sans emballages, demandons à ce que tu viennes avec ta fourchette et ta gourde. Nous cuisinons des produits de saison et encourageons les covoiturages et les déplacements en train.

 



Co2 en montagne

Protect Our Winters Switzerland, un travail de fond


La neige et le fart


Pollution des déchets

Sensibilisation et programme de comm' par Mountain Riders, un collectif de Chambéry qui fait bouger les choses



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