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Rencontre de surf III



Pour préparer la saison estivale qui se profile, le Curved Lines Crew vous brosse l'esprit du surf à travers le portrait de rideuses. A travers le portrait de Jade, surfeuse avancée, le surf est un chemin initiatique à travers le monde et à travers soi-même, où l'on fait des rencontres et des découvertes, où l'on comprend comment faire corps avec la nature et mettre son égo de côté pour vivre une passion et évoluer avec elle.



Comment as-tu commencé le surf?


J’ai commencé à 18-19 ans, lors de vacances avec deux amis pour célébrer notre premier semestre d’université. C’était en février, on en était en première année HEC, et c’était un peu la découverte de la liberté et l’émancipation … Donc on s’est dit «Allez, on part en vacances!». Initialement, je ne pensais pas au surf, c’était juste partir entre potes. On a atterri en Guadeloupe et là-bas, on a rencontré un couple de surfeurs. Le gars était un surfer pro, c’était en fait l’entraineur de l’équipe de France junior de surf. Ce sont devenus nos potes et ils nous ont proposé de faire des leçons de surf avec eux et ça tombait bien, car le surf était un sport qui m’avait toujours attirée. A l’époque, j’étais un peu une Brice de Nice. J’avais trop l’esprit, j’avais regardé tous les films de surf, j’étais à fond dans ce sport mais il me manquait, comme Brice, la technique car je n’en avais jamais fait. Alors cette proposition tombait trop bien… Et en même temps, c’était bizarre, car je ne pensais pas commencer à ce moment-là. J’ai débuté donc comme ça, sans prévoir, grâce à cette rencontre qui nous a littéralement mis à l’eau et en découvrant qu’il y avait de super vagues en Guadeloupe.

Et pourquoi je n'ai pas commencé avant ? Comme beaucoup, je partais en vacances avec mes parents et eux n’étaient pas vraiment fans de l'océan atlantique ou, on dira, d’une eau un peu plus froide. On partait ailleurs et nos vacances se passaient à la Méditerranée par exemple, mais pas dans des destinations de surf. Alors je me consolais avec tout plein de films, genre les Rois de la glisse, Point Break, Brice de Nice, The Endless Summer… Je n'avais en fait jamais eu l'occasion de commencer avant d’être indépendante.


Qu'est-ce qui t'a attiré dans ce sport?


Depuis toujours, je me sens comme un petit poisson dans l'eau. Vraiment, l'eau c’est mon élément. Et le surf réunit tous les éléments que j’aime dans le sport de manière générale : la glisse, l’équilibre, le dépassement de soi, la nature… En plus le surf on l’associe à la plage, au soleil, aux vacances et à cet esprit cool, positif, et communautaire. Donc c’est un sport qui avait vraiment tout pour me plaire! A côté de ça, j’ai toujours pratiqué des sports d’extérieur, je fais de l’équitation et du ski, qui ont aussi ces côtés équilibre pour l’un et glisse pour l’autre.


As-tu des appréhensions quand tu vas ou quand tu es dans l'eau?


Je n’ai pas vraiment d'appréhension en tant que telle. Après c'est clair qu’avec de grosses vagues puissantes et des conditions difficiles, je ne vais pas faire la maligne, quoi! Je flippe un peu d'aller dans l'eau quand c’est gros parce que je sais que je vais devoir tout donner et que je risque de me prendre des sacrées vagues sur la gueule, en mode session wipeout… mais en même temps ça me plaît de ressentir ça, car à la fin d'une bonne session avec du challenge, quand je vois que j’ai réussi à surmonter cette appréhension et que, certes, je me suis pris des vagues sur la gueule mais que j’ai aussi réussi à en prendre de jolies, voire même avoir quelques belles photos de la session, c'est franchement génial!



Qu’est-ce que tu ressens lors de tes sessions?


Ce que je ressens lors de mes sessions dépend vraiment des conditions. Je dirais quand que quand ce sont des vagues pas trop grosses, vraiment des conditions un peu chill, c'est trop bien : je suis hyper détendue. Et en général, quand je suis au pic, j'aime bien chanter. Je ne sais pas pourquoi, mais ça vient tout naturellement! Je suis trop détendue, je profite du soleil, d’être dans l'eau et d'être entourée d'autres surfeurs.


Par contre, quand les conditions sont un peu plus grosses, il y a peu plus de challenge, c'est plus prenant en terme sportif. Je suis beaucoup plus concentrée, et du coup c'est aussi ce qui me fait progresser parce que c’est le dépassement de soi et le fait d’essayer permet d’améliorer sa technique, de s'améliorer tout court. Et au final quand je prends des belles vagues je sens que me m’améliore, et de toute façon quelle que soit ma perf dans l’eau je fini quasiment toujours trop contente de ma session.

J’essaie toujours de faire mieux, mais sans rentrer dans un esprit compétitif parce que pour moi l’important c’est vraiment de me faire plaisir. Je reste dans l’eau, aux anges, avec un méga smile même s’il pleut. Une fois en Australie, c'était vraiment le méga orage, il pleuvait à fond et en dépit du temps qui aurait fait rester chez soi plus d’une personne, on était quand même quelques surfeurs dans l'eau. Les vagues avaient la même force que le temps, nous les surfeurs aussi dans un sens puisqu’on était dehors à braver les éléments et on a tout donné pour prendre des belles vagues. Notre session était vraiment en mode Warrior sous la pluie, c’était dingue comme sentiment. Dans les cas comme ça je fais un peu abstraction de toutes les limites qu’on pourrait avoir, je me dis « Vas-y quand même! ».

En général, quand je sors de l'eau, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, je suis la plus heureuse, je me sens si bien… et puis une petite bière après la session, et tout est parfait ! (rire)


Comment as-tu vu évoluer ton surf?


Comme je l’ai dit, j'ai commencé en Guadeloupe quand j'avais 18 ans, j'ai fait une semaine et j'ai trop accroché. Bon, on ne se ment pas, au début c'est super dur: on prend des mousses, on comprend rapidement que c'est pas facile-facile! C’est vraiment un sport où si tu veux évoluer faut t'accrocher, il ne faut pas baisser les bras et en faire le plus possible, persévérer et surtout ne pas se décourager. Oui, au début, c'est difficile mais c'est comme tous les sports: plus on progresse et plus on kiff. Après la Guadeloupe, l’été de la même année, je suis partie une semaine à Lacanau avec mon copain de l'époque, qui lui savait déjà en faire. C'était cool parce qu’il me donnait des petits conseils pour des vagues qui au final n’étaient pas vraiment pour mon niveau de débutante : les vagues cassaient un peu de partout et je ne savais pas encore lire les vagues. C'était galère ! Dans l’eau, lui était au pic et ne s'occupait pas trop de moi, normal en même temps, et c’est aussi ce qui m’a fait progresser : une semaine où j'étais en autonomie totale, où j'ai bien galéré, où j’ai bouffé du sable.


L’été suivant, j'ai eu la chance de partir 2 mois à l'île Maurice pour un stage humanitaire. Et l'Île Maurice est juste génial pour surfer! Il y a des trop beaux spots et là-bas et je me suis fait des potes surfeurs locaux, qui m'ont fait progresser. J'étais trop contente parce que ça faisait un an que je n'avais pas posé le pied sur un planche. Je suis retournée sur une board en mousse – Ah, oui : le surf, c'est aussi savoir mettre son ego de côté, ne pas toujours chercher à avoir une planche toujours plus petite, toujours plus fine, etc., et avant tout se faire plaisir sans autres considération. Donc voilà: à l'île, sur une planche en mousse tranquillou, je reprenais les bases et en deux mois, l’évolution était notable. J'étais depuis passée sur une planche en dur, en résine. Quand on surfe quasi tous les jours, on sent vraiment l'évolution. Mes potes m'avaient bien coaché et mon niveau technique… alors là on pouvait parlé de niveau technique! Je faisais mes takeoff propres, cette amélioration m’a donnée de super sentiments que je considère être la récompense pour m’être accrochée. Je pouvais surfer enfin sur des planches en résine, plus sensibles, qui ont plus de répondant, sur lesquelles on ressent beaucoup plus de choses. Quand on joue avec son poids du corps, elles tournent vite ! Et ça va sans le dire, mais il faut imaginer ceci dans un spot magnifique, entouré de palmiers, dans une eau à 28 degrés… Un rêve éveillé qui m'a conforté dans le fait que le surf était une nouvelle passion.




Après l'île Maurice, il y a eu quelques semaines ici et là : Hossegor, les Îles Canaries, Fuerteventura, le Maroc, le Portugal… Parfois avec quelques cours au début du séjour pour se remettre dans le bain. Un point important que j’ai appris est qu’à chaque fois qu'on va dans un nouveau spot, il faut s’approprier la mer. Lire les courants, lire les vagues, comprendre comment les gens dans l’eau se comportent pour savoir soi-même comment se comporter et éviter de faire chier tout le monde en se mettant en danger ou en se retrouvant au milieu du spot, dans le passage des surfeurs qui prennent les vagues. Ce repérage-là est pour moi une étape importante quand on arrive quelque part. Et donc s’il faut prendre 2-3 cours en début de séjour, on les prend sans se prendre la tête, car ça rassure d’avoir quelqu'un de vraiment expérimenté avec soi, un local, pour se mettre en confiance et comprendre mieux le spot.




Après ces quelques semaines d’évasion par année, en 2017, j'ai pu faire un échange universitaire alors que j’étais en fin de master. Évidemment, comme j'adore le surf, j'ai choisi l'Australie. L’Université Technologique de Sydney a retenu ma candidature et c’était parti pour 6 mois de rêve au pays des surfeurs. Arrivée là-bas, je me suis acheté une planche, une 6’4 pas trop chère et neuve -- ma première planche ! Bien évidemment j'avais des cours d’uni que j’ai relégué au second plan et tout ce à quoi je pensais, c'était aller surfer. Forcément, dans cet état d’esprit, je m'étais vite fait des potes qui aimaient aussi surfer et notre petite bande allait en cours le matin, et après on prenait le métro la planche avec nous, et puis on allait surfer. Il y a vraiment tout plein de spots de surf à Sydney et on peut vraiment choisir ses spots en fonction des conditions, quoi de mieux ? Et puis en plus, après la fin des cours là-bas, j'ai encore voyagé 2 mois et je suis allée à Byron Bay, dans le paradis des surfeurs en Australie. Franchement, c'est ma ville coup de cœur ! Byron Bay est un genre de grand village, ou une petite ville si on veut, et les vibes là-bas sont incroyables. Un mélange intense de cool et de positif, typiquement celles qu’on rapporte au surf. Aller à la plage, prendre des vagues, se poser sur le sable, assister à une jam session, prendre son petit açai bowl en ville…


L’Australie a été les 6 meilleurs mois de ma vie. Alors oui, l'équitation me manquait car laisser de côté une passion qui m’accompagne depuis des années a demandé une adaptation nécessaire, mais je n’échangerais pas ces six mois de surf. C'était génial, j'ai trop progressé, j'étais à l'aise dans toutes les conditions. D’ailleurs, j'ai surfé dans un spot qui s'appelle Snapper Rocks, où des compétitions de la WSL ont lieu, ce sont donc des compétitions internationales de surf avec les meilleurs surfeurs du monde. Et maintenant, quand je regarde les compét’s là-bas, je suis trop contente de me dire que j’ai surfé au même endroit qu’eux, d’y avoir croisé des petits dauphins pas loin et même Mick Fanning, un surfeur pro super connu avec qui on a pris une petite photo, mes potes et moi.

Après l'Australie, quand je suis rentrée en Suisse, je ne suis restée qu’une semaine car je me suis dit « Ouh, ça ne va pas du tout, il faut que je retourne à l’eau! » J’ai donc refait une semaine au Maroc avec une copine ! Depuis, je reste par-là, car il est plus simple pour moi d’aller à Hossegor ou sur d’autres spots européens. C'est pas trop loin et l'ambiance est quand même toujours assez sympa !



Quel est ton état d'esprit quand tu penses au surf?


Hyper cool et relax. Le surf est vraiment un plaisir, pas de dimension compétitive pour moi -- les compétitions, je les fais à cheval --, vraiment une passion juste pour profiter d'être dans la nature et de faire un beau sport, d'être dans des beaux endroits. Good vibes, quoi !

Aussi, ce que j'adore dans le surf et que ça me fait voyager dans des spots où je ne serais pas forcément allée si je ne pratiquais pas. Le surf me fait découvrir des choses, me fait découvrir des cultures… Par exemple, quand je vais au Maroc, je vais dans des petits villages de pêcheurs où il n’y a que dalle sauf une authenticité et cette ouverture d'esprit face à tout.



Qu'as-tu appris de toi en commençant à surfer/en surfant?


Il n'est jamais trop tard pour se découvrir une nouvelle passion. Pour ma part, je fais de l'équitation depuis que j'ai 7-8 ans. L’équitation est vraiment ma passion for life, mon truc, et le surf s’y est ajouté. J'ai appris à 18 ans, j'ai progressé et j'espère que j'ai encore de belles années devant moi pour surfer. Un autre point, j'ai appris ce qu'est vraiment le dépassement de soi dans le fait d’apprendre à s'adapter à la nature et de ne pas faire en sorte que la nature s'adapte à soi. Ça, c'est une belle leçon !



Avec quoi surfes-tu?


J’ai chez moi la planche que j'ai acheté en Australie et que j'ai ramené de ces six mois. D'ailleurs, petite anecdote, j'étais trop contente, en rentrant d'Australie, de débarquer à Genève avec ma planche de surf sous le bras. C'était trop bien, j'étais trop fière ! Pour revenir au matériel, c'est une 6’4 hybride, en résine. Hybride veut dire que le tail est un peu rentré, comme sur les fish mais beaucoup moins, et cette forme permet de prendre pas mal de vitesse et vu qu’elle est assez volumineuse pour sa taille, pour moi c'est l'idéal car je n’ai pas non plus masse de force dans les bras. Ça me permet de bien ramer et de prendre toutes les vagues.

Comme je ne peux pas la prendre forcément partout car la logistique peut être un peu compliquée si je prends l’avion pour un surf trip excentré et court, alors je loue du matos sur place. Il y a un peu de tout et finalement c’est pas mal de pouvoir louer une planche en fonction des conditions du moment. Et pas prendre trop court ou trop peu volumineux ! Le but c’est de s’amuser, pas de montrer à tout le monde qui a la plus petite (planche) !

Je préfèrerais enlever le passage en violet ci-dessous si tu es OK ;)


C’est typiquement ce que j’ai observé une fois au Portugal, j’étais la seule à prendre les vagues parce que j’avais une 6’6 et les surfeurs alentours avaient des planches qui me semblaient bien trop petites pour leur niveau. Je me suis éclatée et eux me regardaient sans pouvoir prendre ces vagues pas très grandes ni puissantes car elles leur passaient en dessous. Ils galéraient et ramaient et j’ai compris l’importance du matériel adapté. J’avais eu la chance d’avoir une planche plus longue, parfois ça tient à peu !

Comme j'ai dit avant, le surf c’est aussi mettre son ego de côté pour se faire plaisir. C’est le plus important selon moi. Se faire plaisir et trouver une planche qui correspond à son niveau, sans vouloir brûler les étapes, pour moi c’est ce qu’il faut retenir.


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